Développeur web le jour, poète la nuit. Holson Mpangala mène une double vie créative où la rigueur du code nourrit la précision du vers. Avec « Étreinte des Regrets », son deuxième recueil publié chez Cortex Éditions en février 2026 et présenté au public le 31 mai au Chapiteau du Collège Boboto, il signe une œuvre de 116 pages et 70 textes poétiques qui a fait pleurer Kinshasa. Rencontre avec un auteur qui refuse de décorer la douleur.
Holson Mpangala n’est pas de ceux qui séparent leurs mondes. Concepteur de plateformes numériques au quotidien, il applique à la poésie la même exigence qu’au développement web : la recherche de la solution juste. « Je ne code pas des systèmes, mais je tente de structurer des émotions. Je cherche la phrase juste comme on cherche une solution propre : celle qui tient, qui ne triche pas, qui va au cœur du problème », explique-t-il.
La poésie, il la pratique depuis l’école secondaire. « À l’époque, c’était surtout pour le fun, pour jouer avec les mots, impressionner deux ou trois personnes. Avec le temps, ce qui était un jeu est devenu plus sérieux. L’écriture a pris de la profondeur. » Avant « Étreinte des Regrets », il y avait eu « Échos des douleurs », un premier recueil qui explorait déjà les blessures intérieures. Le deuxième vient « comme une suite plus mûre ».
Le titre lui-même est un programme. Holson Mpangala voulait quelque chose de physique, de charnel, parce que le regret ne se contente pas d’habiter l’esprit : « Le regret se vit dans le corps : dans la gorge quand un mot n’est pas sorti, dans la poitrine quand une absence revient, dans les mains quand on comprend trop tard le geste qu’on n’a pas posé. »
Le déclic, lui, est venu d’un vide. « D’un vide laissé par une disparition, mais aussi d’une accumulation de silences, de phrases retenues, d’erreurs répétées. À un moment, l’absence débordait. Il fallait en faire quelque chose, sinon elle allait simplement rester là, intacte. »
Le recueil ne s’est pas écrit d’un bloc. Certains textes remontent à 2020, d’autres à 2022, « puis retravaillés, déplacés, parfois complètement repensés ». C’est en juillet 2025 que le livre a trouvé sa forme définitive. « La première ligne est ancienne, mais le livre s’est vraiment achevé quand j’ai compris que je n’avais plus seulement des textes épars : j’avais une traversée. »
Les regrets qu’il explore sont « à la fois personnels et universels ». « Personne ne traverse la vie sans porter un « j’aurais dû ». J’aurais dû parler. J’aurais dû rester. J’aurais dû aimer autrement. J’aurais dû demander pardon. J’aurais dû comprendre plus tôt. »
La couverture du livre, avec son arbre à double face, annonce cette dualité. « D’un côté, il y a la partie visible : celle qui paraît lumineuse, vivante, fleurissante. C’est l’image que l’on montre aux autres. De l’autre côté, il y a les branches sèches, sans feuilles. Le squelette pendu avec un cœur symbolise cette mort intérieure que les autres ne voient pas toujours. » Le regret, résume-t-il, « n’est pas toujours spectaculaire. Parfois, il reste pendu quelque part en nous ».
Parmi les 70 textes – « Les silences du remords », « Inventaire des absents », « Ce que j’ai gâché, c’est toi… », « Des yeux tristes », « Celui qui a fui », « Où s’arrête votre pardon ? » –, un le touche particulièrement : « La morgue a pris ma fête » (page 40). « C’est un texte difficile, parce qu’il part d’un souvenir très précis : ce moment où une date censée porter la joie se retrouve traversée par la mort. »
Mais « Étreinte des Regrets » n’est pas qu’un livre de souffrance. « C’est aussi un livre sur ce qu’on peut transformer après avoir enfin regardé la douleur en face. »
L’auteur se définit comme un poète « introspectif, élégiaque et lyrique », nourri autant par la littérature que par la variété française. « Zaz, Christophe Maé, Joe Dassin, Laurent Voulzy… Ce sont des artistes qui m’ont marqué par leur manière de raconter simplement des choses profondes. » Côté littérature : Paulo Coelho pour la dimension spirituelle, Dostoïevski pour la profondeur psychologique, Zola pour la force de l’observation.
La préface est signée Rody Zola, rencontré en 2022. « Il m’avait dit : « Il faut qu’on travaille ensemble, mais je ne sais pas encore sur quoi. » » Quand le manuscrit a été prêt, Rody s’est engagé sans hésiter. Ce qui a le plus touché Holson : « Lorsqu’il a écrit : « Ici, la poésie n’est pas ornementale, elle est nécessaire, vitale. » Cette phrase résume exactement ma démarche. »
Le vernissage, baptisé « Étreinte Expérience », a dépassé le cadre d’une simple présentation littéraire. « Des personnes ont livré leurs propres regrets, parfois avec beaucoup de pudeur, parfois avec une grande émotion. À un moment, l’événement a dépassé le livre. C’est devenu un échange sincère, presque une thérapie collective. »
Le public kinois, lui, « ne l’a pas seulement reçu comme un objet littéraire, mais comme un reflet. Beaucoup se sont reconnus dans les thèmes du regret, des non-dits, des absences, des relations mal assumées ».
Pour la suite ? « Peut-être un troisième recueil. Peut-être un roman. Peut-être les deux. Ou peut-être rien, simplement, pendant un moment. Je crois qu’il faut aussi respecter le silence après un livre aussi chargé émotionnellement. »
Son message aux jeunes Kinois qui écrivent en secret : « Continuez d’écrire, même si personne ne vous lit encore. Écrire en secret, ce n’est pas perdre son temps. C’est souvent là que la voix se forme. Mais à un moment, il faut aussi accepter de sortir du tiroir. Un texte qui reste caché trop longtemps finit parfois par étouffer celui qui l’a écrit. »
Et si l’on devait résumer « Étreinte des Regrets » en une phrase ? « C’est un livre pour ceux qui savent qu’un mot non dit peut parfois peser plus lourd qu’un adieu. »
Mike Badibanga
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