Ce vendredi 04 septembre 2026 , le Mémorial du génocide a pris des airs de lieu de mémoire, mais aussi de réflexion et d’espoir. L’écrivain congolais Emmanuel Mabondo y a présenté son deuxième ouvrage, TAIFA, dans le cadre d’une exposition littéraire intitulée « Réparer le cœur de la nation ».

Pendant quelques heures, les livres et les mots ont côtoyé la mémoire des victimes. Dans cet espace marqué par les blessures de l’histoire congolaise, Emmanuel Mabondo a choisi de faire de la littérature un outil de réflexion, de transmission et surtout d’union.

L’un des moments forts de cette rencontre a été la mise à disposition d’une boîte destinée à recueillir les pensées, les lettres et les messages des visiteurs. Ces écrits doivent rejoindre le manuscrit du projet, donnant ainsi une place à la parole du public dans cette démarche artistique et mémorielle.

Emmanuel Mabondo, une plume au service de la mémoire

Né le 20 décembre 2001 en République démocratique du Congo, Emmanuel Mabondo nourrit son écriture de son parcours entre le Congo, l’Afrique du Sud, la France et la Côte d’Ivoire. Son ambition est claire : utiliser la culture et la littérature pour contribuer au rayonnement de l’excellence africaine.

En 2022, il publie TiYa aux éditions Le Lys Bleu, avec une préface de l’historien et homme politique Didier Mumengi. Quatre ans plus tard, il revient avec TAIFA, publié aux éditions Confluence des Muses et préfacé par la juge Reine Alapini Gansou, deuxième vice-présidente de la Cour pénale internationale.

TAIFA, qui signifie « nation » en swahili, est bien plus qu’un recueil de textes. L’ouvrage est construit autour de cinq mouvements : Thérapie, Ataraxie, Interlude, Fahari et Autolyse, dont les initiales forment le mot TAIFA.

Pour Emmanuel Mabondo, cette construction traduit le parcours d’une nation confrontée à la douleur, appelée à trouver l’apaisement, à retrouver sa fierté et, finalement, à renaître.

Au centre du livre se trouve un interlude intitulé « Cœur de la Nation », qui a donné son nom à l’exposition.

« La littérature peut être un moyen de véhiculer un message de paix »

Face au public, l’écrivain n’a pas cherché à donner des leçons. Il a plutôt partagé une conviction : chaque Congolais peut, à son niveau, participer à la reconstruction du pays.

« Mon objectif aujourd’hui, à travers la littérature, est vraiment de partager un message d’union, un message qui puisse rassembler tous les Congolais et, par extension, tous les Africains », explique-t-il.»

Pour lui, le Mémorial ne doit pas seulement être un lieu où l’on vient se souvenir des douleurs du passé. Il doit également devenir un espace où les nouvelles générations comprennent, questionnent et transmettent cette mémoire.

« Chaque Congolais devrait pouvoir y faire un passage », estime-t-il, soulignant l’importance de rapprocher les citoyens de cette histoire parfois éloignée de leur quotidien.

Une invitation particulière à la jeunesse

Le message d’Emmanuel Mabondo s’adresse particulièrement aux jeunes. Il les encourage à ne pas attendre de grandes responsabilités pour agir.

Selon lui, l’engagement commence souvent par une idée, une réflexion, une conversation ou simplement quelques lignes écrites sur une feuille.

Son parcours personnel nourrit cette conviction. Il explique avoir découvert l’écriture après la perte de sa mère, comme un moyen de déposer ce que les mots prononcés ne parvenaient pas toujours à exprimer. Sans comparer cette douleur aux drames vécus par les populations de l’Est de la RDC, il y voit un processus universel : transformer une blessure en expression, puis l’expression en compréhension et en mouvement vers l’avenir.

Dans TAIFA, il écrit : « Les cœurs brisés brisent d’autres cœurs. » Une phrase qui résume, à ses yeux, l’urgence de rompre les cycles de douleur qui traversent aussi bien les familles que les nations.

À travers cette exposition, Emmanuel Mabondo souhaite ainsi faire de la mémoire un acte vivant.

« Ce Mémorial n’a pas besoin de spectateurs. Il a besoin d’héritiers », lance-t-il aux jeunes présents.

Une invitation à lire, écrire, penser et surtout agir. Car pour l’écrivain, réparer le cœur de la nation ne signifie pas effacer ses cicatrices, mais apprendre à vivre avec elles et choisir, chaque jour, de continuer à battre.

Bamba II

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