À Kimpese, les travailleurs réclament toujours leurs salaires. Après les réunions, les médiations et les promesses, la question devient désormais incontournable : qui va enfin prendre ses responsabilités ?
KIMPESE — La crise sociale qui secoue la société Bags and Sacks est loin d’être terminée.
Alors que les autorités provinciales avaient entrepris une médiation pour tenter de ramener le calme au sein de l’entreprise, les travailleurs se retrouvent une nouvelle fois en grève ce lundi. Une situation qui suscite désormais colère, incompréhension et surtout une profonde perte de confiance parmi les employés.
Intervention d’un délégué des travailleurs
Le 25 août dernier, une réunion organisée à l’Assemblée provinciale du Kongo Central avait pourtant laissé entrevoir une sortie de crise. Autour de la table se trouvaient notamment les responsables de Bags and Sacks, la société Odyssée, les représentants des travailleurs, des députés provinciaux ainsi que l’Inspection provinciale du travail. Les parties avaient exprimé leur volonté de trouver une solution durable.
Mais plusieurs semaines plus tard, la réalité vécue par les travailleurs semble dire tout autre chose.

Les salaires ne sont toujours pas régulièrement payés. Et aujourd’hui, la grève est de nouveau là.
Combien de fois faudra-t-il encore réunir les mêmes personnes ?
C’est désormais la question que beaucoup de travailleurs se posent.
À quoi servent les réunions officielles si, après chaque rencontre, les travailleurs retournent à leur domicile sans leurs salaires ?
À quoi servent les engagements pris devant les représentants de l’État si aucune échéance contraignante n’est respectée ?
À quoi sert une médiation si elle ne débouche pas sur des actes concrets ?
Lors de la précédente crise, les travailleurs avaient notamment dénoncé plusieurs mois d’arriérés de salaires. Une couverture de l’événement rapportait qu’ils réclamaient les salaires des mois de mai, juin et juillet 2026, ainsi qu’une régularité dans les paiements, une meilleure prise en charge médicale et de meilleures conditions de restauration.
La reprise du travail devait constituer une chance donnée au dialogue.
Mais le dialogue ne peut pas devenir un moyen de gagner du temps pendant que les travailleurs continuent de souffrir.

Les travailleurs demandent désormais des actes, pas des promesses
Un travailleur peut comprendre les difficultés financières temporaires d’une entreprise.
Il peut comprendre les problèmes de trésorerie.
Il peut même accepter de patienter lorsqu’un calendrier crédible, précis et vérifiable lui est présenté.
Mais ce qui devient difficilement acceptable, c’est de travailler pendant des mois sans percevoir régulièrement son salaire, puis d’assister à des réunions au cours desquelles des engagements sont pris sans que la situation ne change réellement.
Derrière chaque salaire impayé, il y a pourtant une famille.
Il y a un loyer, Il y a la nourriture, Il y a les frais scolaires, Il y a les soins médicaux, Il y a les factures d’eau et d’électricité, Il y a des parents, des épouses, des enfants et des personnes à charge.
Un salaire impayé n’est donc pas seulement un problème comptable. C’est une crise sociale et humaine.

Que font réellement les autorités provinciales ?
La question s’adresse désormais clairement au Gouverneur du Kongo Central et à son Gouvernement provincial, mais également au Président de l’Assemblée provinciale et aux députés provinciaux qui s’étaient mobilisés dans ce dossier.
Il faut saluer toute initiative visant à rapprocher les parties.
Mais une médiation ne peut pas être considérée comme réussie simplement parce que les protagonistes se sont assis autour d’une table.
Une médiation réussie, c’est lorsque les travailleurs récupèrent leurs salaires, que les engagements sont respectés et qu’un mécanisme durable empêche la répétition de la crise.
Or, aujourd’hui, les travailleurs sont de nouveau dans la rue.
Le moment est donc venu pour les autorités provinciales de demander des comptes et de publier clairement les résultats de leurs démarches.
Quels engagements avaient-ils obtenus de Bags and Sacks ? Quels engagements avaient-ils obtenus d’Odyssée ? Quel calendrier de paiement avait été arrêté ? Combien de salaires ont effectivement été payés depuis les dernières réunions ? Quels engagements restent encore non exécutés ?
Et surtout : quelle mesure concrète les autorités comptent-elles prendre maintenant que la crise reprend ?
Et le rôle de l’Inspection du travail ?
L’Inspection provinciale du travail avait été associée aux discussions précédentes. Les travailleurs attendent donc également des réponses de cette institution, » Ils veulent savoir si leurs revendications ont fait l’objet d’un suivi, Ils veulent savoir si les obligations de l’employeur et du sous-traitant sont respectées, Ils veulent savoir quelles mesures peuvent être prises lorsqu’un employeur ne respecte pas ses engagements, Le droit du travail ne peut pas être uniquement invoqué lorsque les travailleurs sont appelés à reprendre le travail « .
Il doit également être appliqué lorsqu’il s’agit de protéger leurs droits.
Une question plus large : quel modèle d’investissement voulons-nous au Kongo Central ?
Cette affaire soulève également une interrogation qui dépasse le seul cas de Bags and Sacks.
Le Kongo Central a besoin d’investissements, La province a besoin d’entreprises, La RDC a besoin d’emplois
Les investisseurs, nationaux comme étrangers, doivent être encouragés à créer des emplois et à produire de la richesse.
Mais l’investissement ne peut pas être synonyme d’impunité sociale.
Lorsqu’une entreprise bénéficie d’un accompagnement, d’un financement ou de facilités provenant d’institutions publiques, la population est en droit d’attendre que cet investissement produise également des retombées sociales positives et que les travailleurs soient protégés.
Des interrogations circulent également autour des conditions dans lesquelles certains financements auraient été mobilisés pour soutenir des activités entrepreneuriales liées à cette entreprise. Ces éléments doivent être vérifiés et documentés avant toute conclusion.
Si un financement du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) a effectivement été accordé pour la création ou le développement de l’entreprise, une question légitime mérite alors d’être posée : quels étaient les engagements liés à ce financement en matière d’investissement, d’emploi et de respect des obligations sociales ?
Ce n’est pas une accusation.
C’est une demande de transparence.
L’argent destiné au développement économique doit contribuer au développement, à la création d’emplois et à la dignité des travailleurs.
Un expatrié peut investir en RDC. Mais personne ne doit être au-dessus de la loi
Il convient également de rappeler un principe simple : la RDC est ouverte aux investissements étrangers et ceux-ci sont nécessaires au développement du pays.
Mais un investisseur étranger, comme un investisseur congolais, doit respecter les lois de la République.
La question n’est donc pas l’origine du dirigeant ou du propriétaire d’une entreprise.
La vraie question est celle-ci :
Les droits des travailleurs congolais sont-ils respectés ?
Si la réponse est oui, que les documents et les paiements le démontrent.
Si la réponse est non, que les autorités compétentes interviennent conformément à la loi.
Car aucun travailleur congolais ne devrait avoir le sentiment que, dans son propre pays, son salaire peut être retenu pendant des mois sans conséquence.
Le silence des autorités devient lui-même une question
Les travailleurs de Bags and Sacks ne demandent pas un privilège.
Ils demandent leur salaire.
Ils demandent de travailler dans des conditions dignes.
Ils demandent que les engagements pris devant les autorités soient respectés.
Ils demandent surtout de savoir qui est réellement responsable de leur situation et qui va enfin apporter une solution définitive.
La reprise de la grève devrait donc être considérée comme un signal d’alarme.
Le Gouvernorat du Kongo Central ne peut pas ignorer une crise sociale qui touche des travailleurs et leurs familles.
L’Assemblée provinciale ne peut pas se contenter d’une médiation sans suivi.
L’Inspection du travail doit faire son travail.
La direction de Bags and Sacks doit expliquer clairement sa position.
La société Odyssée doit également répondre aux interrogations liées à son rôle dans cette situation.
Et si des institutions publiques, notamment financières, ont accompagné le projet, elles doivent pouvoir expliquer les conditions et les résultats de cet accompagnement.
Nous demandons des réponses, pas une nouvelle promesse
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut organiser une nouvelle réunion.
La question est de savoir quelles décisions concrètes seront prises après cette nouvelle grève.
Nous appelons :
- la direction de Bags and Sacks à communiquer publiquement sur la situation salariale et à présenter un calendrier clair de régularisation ;
- la société Odyssée à clarifier ses responsabilités envers les travailleurs ;
- l’Inspection provinciale du travail à assurer un suivi rigoureux du dossier ;
- le Président de l’Assemblée provinciale et les députés provinciaux à demander des comptes sur les engagements pris lors des précédentes rencontres ;
- le Gouverneur du Kongo Central et son gouvernement provincial à ne pas laisser cette crise sociale s’enliser ;
- les institutions nationales compétentes, lorsque leur intervention est nécessaire, à examiner le dossier afin que le droit du travail soit effectivement respecté ;
- et, si un financement public ou parapublic a effectivement été accordé à cette entreprise, les institutions concernées à faire preuve de transparence sur les conditions de ce financement et sur les résultats obtenus.
Parce qu’une entreprise peut connaître des difficultés. Mais une promesse répétée sans résultat finit par devenir un problème de gouvernance.
Aujourd’hui, les travailleurs de Bags and Sacks ne demandent plus seulement à être entendus.
Ils demandent à être payés.
Et la population du Kongo Central est en droit de demander à ses dirigeants :
Jusqu’à quand cette situation va-t-elle durer ?
Qui va prendre ses responsabilités ?
Et surtout : quand les travailleurs seront-ils enfin payés ?
Kongo Dia Beto suivra cette affaire et invite les différentes parties concernées à apporter leurs réponses publiques aux questions soulevées dans cet article.
La rédaction
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