L’Union des écrivains congolais (UECO) monte au créneau après la destruction par le feu de milliers de livres appartenant à des bouquinistes, lors d’une opération d’assainissement menée le 3 août au Pont Cabu, également appelé Pont Kasa-Vubu, à Kinshasa.
Des manuels scolaires, ouvrages scientifiques, œuvres littéraires et documents ont été réduits en cendres. Pour l’UECO et plusieurs acteurs de la chaîne du livre, cette situation dépasse largement la question de l’occupation de la voie publique : elle constitue une atteinte au savoir, à la culture et à la mémoire collective.
Dans un mémorandum de protestation et de plaidoyer publié ce jeudi 6 août 2026, l’organisation condamne fermement ce qu’elle qualifie d’« acte d’inculture » et appelle les autorités à prendre des mesures urgentes en faveur des bouquinistes victimes.
Une situation qui rappelle un précédent de 2013
L’UECO dénonce également une « récidive historique ». Elle rappelle qu’en septembre 2013, plus de 30 tonnes de livres appartenant à des bouquinistes de la Gombe avaient déjà été détruites par le feu lors d’une opération menée à la Place de la Police.
Selon l’organisation, des ouvrages rares, notamment des encyclopédies et des documents historiques sur le Congo, avaient alors disparu dans les flammes, sans qu’une véritable réparation ne soit apportée aux victimes.
Pour les écrivains congolais, la répétition de tels incidents révèle surtout l’absence d’une politique durable permettant de concilier assainissement des espaces publics et protection du patrimoine écrit.
Les bouquinistes, acteurs essentiels de l’accès au livre
Au-delà des pertes matérielles, l’UECO insiste sur le rôle joué par les bouquinistes dans une ville où les librairies et bibliothèques publiques restent insuffisantes.
Pour de nombreux élèves, étudiants, enseignants et chercheurs, ces vendeurs constituent l’un des rares moyens d’accéder à des livres d’occasion à des prix abordables. Certains conservent également des ouvrages anciens, épuisés ou difficiles à trouver dans les circuits classiques.
« Vendre à même le sol traduit un manque d’infrastructures adaptées, et non une volonté de nuire à la salubrité publique », estime l’UECO dans son mémorandum.
L’UECO demande réparation et des espaces dédiés
Pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent, l’organisation formule plusieurs recommandations aux autorités.
Elle demande notamment la mise en place immédiate d’une commission chargée d’identifier les bouquinistes touchés et d’évaluer leurs pertes, en vue d’une indemnisation.
L’UECO plaide également pour la reconnaissance officielle du métier de bouquiniste, ainsi que pour la création d’espaces dédiés, sécurisés et aménagés pour la vente de livres.
Elle appelle par ailleurs l’État à investir davantage dans les infrastructures de lecture publique, notamment à travers la création d’une grande librairie publique et le développement de bibliothèques à Kinshasa et dans les provinces.
Enfin, l’organisation réclame la mise en place d’un mécanisme de soutien à l’ensemble de la chaîne du livre, notamment aux écrivains, éditeurs, libraires et bouquinistes congolais.
Pour l’UECO, l’assainissement de la ville ne devrait pas se faire au détriment de la culture.
« Le livre n’est pas une ordure ; il est la lumière et la mémoire d’une nation », rappelle l’organisation, qui invite les autorités à transformer cet incident en occasion de repenser la politique nationale du livre et de mieux protéger ceux qui contribuent, au quotidien, à la diffusion du savoir en République démocratique du Congo.
Bamba II
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