La confrontation redoutée a eu lieu. Ce vendredi 12 juin, le sit-in organisé par la coalition d’opposition C64 devant le Palais du Peuple a été dispersé par les forces de l’ordre dans des scènes de violence qui ont choqué l’opinion. Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et plusieurs militants figurent parmi les blessés, selon des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux.
DU SIÈGE DE L’ECiDÉ AU PALAIS DU PEUPLE
L’action avait été annoncée et notifiée aux autorités conformément à l’article 26 de la Constitution. Le siège de l’ECiDé, parti de Martin Fayulu, servait de point de rassemblement. Face à l’ampleur de la mobilisation, les opposants ont décidé d’avancer vers le Palais du Peuple, siège de l’Assemblée nationale.
« Le siège de l’ECiDé était le point de rassemblement. Quand nous avons vu qu’il y avait beaucoup de monde, nous avons avancé vers le Palais du Peuple », explique Martin Fayulu.
UNE RÉPRESSION BRUTALE DÉNONCÉE
Selon le leader de l’opposition, les forces de l’ordre ont d’abord tenté de contenir les manifestants avant de recourir à la force. La séquence décrite est glaçante :
« Vu la foule, ils ne pouvaient pas nous contenir. Nous sommes arrivés au Palais du Peuple. Ils ont commencé par tirer des gaz lacrymogènes, puis des balles réelles », affirme-t-il.
Les affrontements se sont ensuite intensifiés au corps à corps :
« Certains de nos jeunes se sont repliés. Ensuite, il y a eu des affrontements au corps à corps. Ils nous tapaient dessus. »
Martin Fayulu, visiblement touché, déclare sans détour : « Je continue à saigner. »
L’opposant accuse les autorités d’avoir mobilisé un dispositif hétéroclite contre les manifestants : « Des policiers, des Kuluna et la Force du Progrès » auraient été déployés pour briser la mobilisation.
UN OBJECTIF CLAIR : L’ARTICLE 220
La démarche de l’opposition visait un objectif précis : obtenir le retrait, dans la proposition de loi sur le référendum adoptée mardi par l’Assemblée nationale, de toute disposition susceptible de concerner l’article 220 de la Constitution – celui qui verrouille notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels.
« Ils nous ont attaqués simplement parce que nous voulions dire aux députés de ne pas déconner », résume Martin Fayulu avec sa franchise habituelle.
UNE « TROISIÈME ÉTAPE » ANNONCÉE
Loin de se laisser décourager par la violence de la répression, l’opposition annonce la suite. Après la journée « ville morte » et le sit-in de ce vendredi, Martin Fayulu promet « une troisième étape » de la mobilisation dont les contours restent à préciser.
« Nous allons libérer ce peuple », lance-t-il avant de conclure : « J’espère qu’ils vont abandonner ce projet. »
La tension politique autour du projet de changement constitutionnel ne cesse de monter à Kinshasa. La question est désormais de savoir jusqu’où chaque camp est prêt à aller.
Mike Badibanga
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